Ensemble, mobilisons nos énergies

La transition énergétique décentralisée en Allemagne

Les bases de la stratégie locale de transition énergétique en Allemagne sont la gestion locale de l’énergie qui repose sur un « capitalisme municipal », une « mobilisation citoyenne » qui prend notamment la forme concrète de projets coopératifs, articulés avec les projets municipaux ainsi qu'un soutien fédéral politique et économique homogène, orienté vers des objectifs de performance énergétique, respectant une forme de neutralité économique.

Méthode et résultats de l’optimisation énergétique locale

  • Une méthode d’inspiration commune : tous les projets ont pour base l’ensemble des «fondamentaux» (géographiques, démographiques, économiques, sociologiques) d’un territoire avant d’embrasser les données énergétiques proprement dites. La problématique énergétique prend pour base une réflexion approfondie sur des scénarios d’évolution de la demande locale, avant d’en venir à la production d’énergie. Et ces scénarios intègrent les documents de prospective régionale, qui ressemblent aux SRCAE, mais ont une orientation plus économique, et sont en général plus « scénarisés » ;
  • Une triple optimisation : production / efficacité énergétique / réagencement des usages, dans un périmètre en extension ;
  • Une estimation des bénéfices collectifs et de la «création de valeur communale». Des exemples de partenariats locaux sont présentés (transformation du système de chauffage urbain d’une ville de 15000 hab ; optimisation énergétique des entreprises communales d‘une ville de 210 000 habitants).

Pilotage local et cohérence d’ensemble

Quelques enseignements :

  • Un effet pervers et critiqué : le dérapage du mécanisme de la « EEG Umlage » sur le marché de l’électricité (dérapage de la charge mutualisée résultant de la compensation de l’écart entre les tarifs de la production d’électricité d’origine renouvelable et des prix d’équilibre du marché). Et dans une moindre mesure des exemptions accordées aux gros consommateurs industriels ;
  • Des effets vertueux répartis sur des processus d’optimisation locale, non limités à l’électricité mais plus encore tournés sur la chaleur.

Quelques questions aussi :

  • Le système d’incitations financières et la tarification des renouvelables envoie-t-elle les bons signaux aux acteurs décentralisés ?
  • Comment atténuer l’effet pervers du mécanisme de la « EEG Umlage » ?
  • Comment les interdépendances de système sont elles prises en compte à l’échelon local ? à quel degré d’équilibre/autonomie ces systèmes locaux doivent-ils tendre ?
  • Comment combiner l’initiative décentralisée et la cohérence du pilotage de la transition ?

Les pistes de « rééquilibrage » de la trajectoire allemande:

  • Investissements dans le réseau de transport ;
  • Développement du stockage ;
  • Financement spécifique de la capacité & disponibilité des énergies stables renouvelables (biomasse, biogaz, hydraulique) et/ou à haut rendement énergétique (cogénération-gaz, biogaz) et intégration du coût de l’instabilité par les énergies « intermittentes » dans la tarification ;
  • Régulation tarifaire tenant compte de l’évolution rapide du coût relatif de certaines énergies ;
  • Dissociation éventuelle du financement de la charge « historique » une fois redéfinis les principes d’équilibre.

Enfin, de l’expérience et du modèle allemands sont tirés des enseignements et des questions pour la transition énergétique en France :

  • La situation de départ française permet d’envisager des trajectoires moins coûteuses, tirant parti des atouts spécifiques du système français :
  • Mieux phaser le développement de l’efficacité énergétique, celui de la production d’origine renouvelable à mesure que les coûts relatifs évolueront, la réduction de la part du nucléaire dans le « mix » électrique et la modernisation des réseaux (transport / distribution) ;
  • Maintenir une sélectivité fondée sur les rendements énergétique / économique des projets tout en intégrant progressivement à cette évaluation les effets économiques indirects des projets et leurs externalités, positives ou négatives ;
  • Intégrer en amont le coût de l’intermittence et la valeur de la disponibilité/stabilité à la tarification des différentes énergies renouvelables.
  • Simultanément, plusieurs défis se présentent pour créer au niveau régional et local, les conditions d’une optimisation énergétique efficace :
  1. Comment combiner la prédominance d’acteurs nationaux intégrés verticalement avec une optimisation énergétique progressive au niveau local, pilotées par les collectivités ?
  2. Comment renforcer les compétences opérationnelles des collectivités là où n’existent pas d’entreprises publiques locales – telles certaines ELD - susceptibles de fédérer spontanément ces démarches ?
  3. Un travail de simplification systématique (identification « bottom up ») d’entraves administratives rencontrées par les acteurs locaux pourrait intégrer des comparaisons avec l’Allemagne.